Pourquoi certains pays protègent-ils davantage leur territoire que d’autres?
Ce n'est pas un secret : nous savons que nos actions ont un impact sur le climat, mais aussi sur la biodiversité. On parle même de sixième extinction. Le responsable est connu : c'est nous. Ainsi, pour limiter les dégâts, les aires protégées constituent l’un des principaux outils de conservation à l’échelle mondiale.
Pourtant, leur couverture varie fortement d’un pays à l’autre. Ces différences sont souvent expliquées par des facteurs économiques, démographiques ou institutionnels (par exemple, la qualité de la gouvernance). Ici, nous avons voulu savoir si les caractéristiques comportementales des populations pourraient également jouer un rôle ?

Dans cette étude, nous avons exploré cette question en combinant des données sur les aires protégées et les résultats d’une vaste enquête internationale sur les préférences et les comportements humains. Notre analyse porte sur 71 pays et se concentre sur quatre caractéristiques comportementales : la confiance envers autrui, l’altruisme, la patience et la propension à prendre des risques.
Nous avons constaté que les comportements humains pouvaient apporter une information complémentaire aux facteurs économiques et institutionnels traditionnellement étudiés. Parmi ces comportements, la confiance envers autrui semble être un nouvel élément de piste. Les pays où le niveau de confiance est plus élevé tendent à avoir une couverture plus faible en aires protégées formelles (en résumé, plus la confiance envers autrui est élevée, moins le besoin d'aires protégées se fait sentir). Mais pourquoi ? Notre hypothèse est que les sociétés caractérisées par une forte confiance, la coopération et la gestion collective des ressources naturelles peuvent davantage reposer sur des mécanismes informels ou communautaires. Dans ce cas, la protection de la biodiversité ne passerait pas forcément par des aires protégées. À l'inverse, lorsque ces mécanismes de confiance sont moins présents, des dispositifs institutionnels plus formels pourraient jouer un rôle plus important.

Mais bien sûr, cela ne reste que hypothétique et repose aussi sur des corrélations. Nous ne disons pas non plus que les pays dont le niveau de confiance est plus élevé doivent réduire les aires protégées. Notre objectif est avant tout de souligner que le contexte social et comportemental est très important. On sait par exemple qu'à l'échelle locale, le niveau de confiance entre les citoyens et les décideurs/gestionnaires peut fortement influencer la mise en place finale d'une aire protégée. Nous avons également voulu souligner que la conservation de la biodiversité ne dépend pas uniquement des ressources économiques ou de la qualité des institutions. D'autres critiques sont à faire sur les aires protégées en général (par exemple, certains pays ne se soucient pas vraiment de l'efficacité d'une aire protégée et se contentent de suivre des recommandations internationales sans se soucier du reste, juste pour tenir leur feuille de route, mais c'est un autre sujet).
Bref, une meilleure compréhension des caractéristiques des populations, de leurs modes de coopération et de leurs relations de confiance pourrait aider à expliquer pourquoi certaines stratégies de conservation se développent différemment selon les sociétés.
Pour plus d'informations; l'article en anglais est disponible ICI. Un résumé en français aussi disponible ICI



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